Le chiffrage est l'un des exercices les plus delicats dans la réponse aux marchés publics. Un prix trop eleve vous fait perdre le marché. Un prix trop bas declenche une suspicion d'offre anormalement basse et peut mener au rejet. Ce guide détaille la méthode pour construire un prix juste, defensible et compétitif.
1. Comment fixer ses prix en marché public ?
Fixer ses prix en marché public suppose de construire un prix qui couvre l'ensemble des coûts (directs et indirects), intégré une marge raisonnable et reste compétitif face a la concurrence. La démarche est fondamentalement différente de la tarification en marché prive, car le prix est un critère de jugement explicite avec une ponderation connue a l'avance.
Le prix représente en général 30 a 50% de la note finale dans les marchés publics (le reste etant la valeur technique). Dans certains MAPA, la ponderation du prix peut monter a 50-60%. Comprendre cette mecanique est essentiel pour calibrer votre offre.
Les regles fondamentales
- Le prix doit être reel : il doit correspondre a ce que la prestation vous coute reellement, plus une marge
- Le prix doit être justifiable : en cas de suspicion d'offre anormalement basse, vous devrez le decomposer et le justifier
- Le prix est engage : une fois le marché attribue, vous devez exécuter au prix propose (sauf clause de révision)
- Le prix est compare : l'acheteur note le prix par rapport aux autres offres, pas dans l'absolu
Consultez les résultats des marchés précédents similaires sur les plateformes de dématérialisation. Les attributions sont publiques et mentionnent souvent le montant du marché. Cela vous donne une fourchette de prix de référence.
2. La decomposition du prix (debourses secs, frais généraux, marge)
La decomposition du prix est la méthode standard pour construire un prix de vente en marché public. Elle part des coûts les plus elementaires pour arriver au prix de vente final. Cette approche est aussi appelee "sous-détail de prix".
Les debourses secs (DS)
Ce sont les coûts directs lies a la réalisation de la prestation :
- Main-d'oeuvre : salaires bruts + charges patronales + conges payes + indemnites. Calculez un coût horaire charge pour chaque catégorie de personnel.
- Matériaux et fournitures : coût d'achat des matériaux nécessaires, transport inclus
- Materiel et equipement : amortissement ou location des machines, vehicules, outils
- Sous-traitance : devis des sous-traitants si certaines prestations sont externalisees
Les frais généraux (FG)
Ce sont les coûts indirects qui ne sont pas directement imputables a un chantier ou une prestation spécifique :
- Frais de structure : loyer, electricite, telephone, assurances, comptabilite
- Frais commerciaux : coût des réponses aux appels d'offres, deplacement commercial
- Frais financiers : coût du besoin en fonds de roulement
Les frais généraux sont généralement exprimes en pourcentage des debourses secs. Ce taux varie selon les secteurs : 15 a 25% dans le BTP, 20 a 35% dans les services.
La marge beneficiaire
C'est votre remuneration en tant qu'entrepreneur. Elle s'exprime en pourcentage du prix de revient (DS + FG). Une marge de 5 a 10% est courante dans les marchés publics compétitifs.
Formule de calcul
Prix de vente HT = Debourses secs + Frais généraux + Marge beneficiaire
Soit : PV = DS x (1 + taux FG) x (1 + taux marge)
Exemple concret : pour un poste de travail de 1 000 euros de debourses secs, avec 20% de frais généraux et 8% de marge :
PV = 1 000 x 1,20 x 1,08 = 1 296 euros HT
3. Prix forfaitaire vs prix unitaire
Le type de prix (forfaitaire ou unitaire) est impose par l'acheteur dans le bordereau de prix. Chaque type a ses implications en termes de risque et de stratégie.
Le prix forfaitaire
Le prix forfaitaire couvre l'ensemble d'une prestation définie. Vous vous engagez sur un montant global pour réaliser la totalite de la prestation, quelles que soient les quantites reellement mises en oeuvre.
Avantage : simplicite de gestion, pas de re-calcul en cours d'exécution.
Risque : si vous sous-estimez les quantites, vous absorbez la difference. Inversement, si les quantites reelles sont inferieures, vous gagnez davantage.
Le prix unitaire
Le prix unitaire est le prix d'une unite de prestation (heure, metre carre, tonne, repas, etc.). Le montant total du marché est calcule en multipliant le prix unitaire par les quantites estimees par l'acheteur. Le paiement se fait sur la base des quantites reellement exécutées.
Avantage : vous etes paye pour ce que vous faites reellement. Le risque de sous-estimation est porte par l'acheteur.
Risque : si les quantites reelles sont très inferieures aux estimations, votre chiffre d'affaires sera plus faible que prévu.
Dans un BPU (Bordereau de Prix Unitaires), ne compensez jamais un prix bas sur une ligne par un prix eleve sur une autre. L'acheteur peut modifier les quantites en cours de marché, et vous vous retrouveriez avec un desequilibre financier.
4. Analyser la concurrence
En marché public, le prix est toujours relatif : il est note par rapport aux autres offres reçues. Connaître le niveau de prix de vos concurrents est donc un avantage strategique majeur.
Sources d'information
- Avis d'attribution : publiés sur les profils d'acheteurs et le BOAMP. Ils mentionnent le nom de l'attributaire et souvent le montant du marché.
- Donnees essentielles : depuis 2018, les acheteurs publient les donnees essentielles de leurs marchés (montant, durée, attributaire) en open data.
- Historique interne : analysez vos résultats passes : quand vous avez gagne, a quel prix ? Quand vous avez perdu, quel etait le prix de l'attributaire ?
- Indices de prix : les indices INSEE (BT01, TP01, etc.) et les mercuriales de prix donnent des références sectorielles.
Méthode de notation du prix
L'acheteur utilise une formule pour noter le prix. La plus courante est la formule proportionnelle :
Note prix = (Prix le plus bas / Votre prix) x Note maximale
Exemple : si le prix le plus bas est 80 000 euros et votre prix est 100 000 euros, avec une note maximale de 40 points :
Note = (80 000 / 100 000) x 40 = 32 points
Cela signifie que si votre mémoire technique est meilleur que celui du moins-disant, vous pouvez compenser l'ecart de prix par la qualité technique.
5. Eviter l'offre anormalement basse
L'offre anormalement basse est une offre dont le prix est si faible qu'il fait naitre un doute sur la capacité du candidat a exécuter le marché dans les conditions prévues. L'acheteur est tenu de la detecter et de demander des justifications (article L2152-6 du Code de la commande publique).
Comment l'acheteur detecte une OAB
Il n'existe pas de seuil légal unique. L'acheteur utilise généralement l'une de ces méthodes :
- Ecart par rapport a la moyenne : une offre inferieure de 20-25% a la moyenne des offres reçues peut être suspectee
- Ecart par rapport a l'estimation : une offre très inferieure a l'estimation de l'acheteur
- Comparaison poste par poste : certaines lignes du bordereau sont anormalement basses
Que se passe-t-il en cas de suspicion ?
- L'acheteur vous demande des justifications ecrites
- Vous devez demontrer que votre prix est economiquement viable : sous-détails de prix, devis fournisseurs, coût horaire charge
- Si vos justifications sont convaincantes, votre offre est maintenue
- Si elles ne le sont pas, votre offre est rejetee
Comment eviter le piege
- Ne descendez jamais en dessous de votre prix de revient
- Gardez toujours une marge, même réduite (3-5% minimum)
- Preparez vos sous-détails de prix en amont : ils vous serviront de justification
- Verifiez que chaque ligne de votre bordereau est cohérente individuellement
6. Révision et actualisation des prix
Les marchés publics d'une durée superieure a 3 mois doivent comporter une clause de révision de prix (article R2112-13 du Code de la commande publique). Cette clause protege l'entreprise contre l'evolution des coûts pendant l'exécution du marché.
Révision vs actualisation
- Actualisation : ajustement du prix entre la date de remise de l'offre et la date de debut d'exécution. Applicable si le délai est superieur a 3 mois.
- Révision : ajustement périodique du prix pendant l'exécution du marché, selon une formule définie au CCAP.
La formule de révision
La formule type est : P = P0 x (a x I/I0 + b)
- P : prix revise
- P0 : prix initial
- a : partie variable (proportion du prix soumise a révision)
- b : partie fixe (1 - a, généralement 10-15%)
- I/I0 : rapport entre l'indice actuel et l'indice initial (indices INSEE)
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Conclusion
Le calcul des prix en marché public est un exercice qui requiert rigueur et stratégie. Un bon chiffrage repose sur une decomposition methodique des coûts, une connaissance du marché et une analyse fine de la ponderation des critères.
Les cles d'un chiffrage reussi :
- Decomposez votre prix : debourses secs + frais généraux + marge
- Analysez les résultats des marchés précédents similaires
- Ne descendez jamais en dessous de votre prix de revient
- Preparez vos sous-détails de prix pour justifier votre offre
- Verifiez la clause de révision dans le CCAP