Le BPU — bordereau des prix unitaires — est le document dans lequel vous vous engagez sur le prix de chaque prestation élémentaire d'un marché public. Contrairement au forfait, chaque prix unitaire s'appliquera aux quantités réellement commandées ou exécutées, pendant toute la durée du marché. Une ligne mal chiffrée, un prix omis ou une incohérence avec le DQE peuvent coûter le marché, ou pire : le faire exécuter à perte. Ce guide explique ce qu'est un BPU, en quoi il diffère du DPGF et du DQE, comment le remplir ligne par ligne et quels pièges éviter.
1. Qu'est-ce qu'un BPU (bordereau des prix unitaires) ?
Le bordereau des prix unitaires est une pièce financière du dossier de consultation des entreprises (DCE). Il liste l'ensemble des prestations élémentaires du marché et vous demande d'indiquer, pour chacune, un prix unitaire hors taxes. C'est un document préparé par l'acheteur : la liste des lignes, les désignations et les unités sont imposées, seule la colonne prix est à compléter par le candidat.
La base juridique : les marchés à prix unitaires
Le Code de la commande publique distingue deux grandes familles de prix (article R.2112-6) : les prix unitaires, appliqués aux quantités réellement livrées ou exécutées, et les prix forfaitaires, qui rémunèrent une prestation globale indépendamment des quantités. Le BPU est le support contractuel des premiers : quand le marché est à prix unitaires, c'est lui qui fixe le montant que l'acheteur paiera pour chaque unité de prestation.
Un document contractuel
Le BPU est annexé à l'acte d'engagement et a valeur contractuelle. Concrètement :
- Chaque prix unitaire vous engage pour toute la durée du marché (sous réserve d'une éventuelle clause de révision des prix)
- Les factures en cours d'exécution sont établies en appliquant les prix du BPU aux quantités réellement commandées
- Vous ne pouvez pas modifier la structure du bordereau : ni supprimer une ligne, ni en ajouter, ni changer une unité
L'anatomie d'une ligne de BPU
Une ligne de BPU comporte généralement quatre éléments :
- Le numéro de prix : l'identifiant de la ligne (ex. : 1.01, 2.3.4), utilisé dans les bons de commande et les factures
- La désignation : l'intitulé de la prestation, parfois complété par une définition détaillée de ce que le prix rémunère (fournitures, main-d'œuvre, sujétions incluses)
- L'unité : m², ml, m³, unité, heure, forfait, tonne, passage... C'est elle qui détermine comment le prix sera appliqué
- Le prix unitaire HT : la seule case que vous remplissez, parfois demandée en chiffres et en lettres
La définition de chaque prix (ce qu'il inclut et n'inclut pas) figure parfois dans le BPU lui-même, parfois dans le CCTP ou dans un cadre de décomposition. Lisez-la systématiquement avant de chiffrer : deux lignes à l'intitulé proche peuvent rémunérer des prestations très différentes.
2. BPU vs DPGF vs DQE : quelle différence ?
C'est la question que tout le monde se pose en ouvrant un DCE. Ces trois documents traitent du prix, mais ils n'ont ni le même rôle, ni la même portée contractuelle. Les confondre conduit à des erreurs de chiffrage et parfois à des offres irrégulières.
Trois documents, trois fonctions
- Le BPU (bordereau des prix unitaires) fixe le prix de chaque prestation élémentaire. Il est contractuel. Utilisé dans les marchés à prix unitaires, notamment les accords-cadres à bons de commande.
- La DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire) détaille la construction d'un prix forfaitaire : postes, quantités estimées, prix. C'est le pendant du BPU pour les marchés à forfait. Notre guide dédié explique comment remplir une DPGF.
- Le DQE (détail quantitatif estimatif) est une simulation : l'acheteur applique vos prix unitaires du BPU à des quantités fictives ou prévisionnelles pour comparer les offres entre elles. Il sert au jugement des offres et n'est généralement pas contractuel.
Le tableau comparatif
| Critère | BPU | DPGF | DQE |
|---|---|---|---|
| Type de prix | Prix unitaires | Prix global et forfaitaire | Simulation à partir des prix unitaires |
| Quantités | Aucune (elles viendront des commandes réelles) | Estimées et figées par l'acheteur | Fictives, définies pour comparer les offres |
| Valeur contractuelle | Oui, annexé à l'acte d'engagement | Oui, pour le forfait qu'elle décompose | Non, sauf mention contraire du règlement de consultation |
| Paiement | Au réel : prix unitaire x quantités commandées | Au forfait, quelles que soient les quantités | Ne sert pas au paiement |
| Marchés concernés | Accords-cadres à bons de commande, marchés à prix unitaires | Marchés à forfait (travaux notamment) | Joint au BPU pour le jugement des offres |
| Risque principal pour l'entreprise | Prix unitaire mal calibré appliqué sur la durée | Sous-estimation absorbée par le titulaire | Incohérence avec le BPU = offre fragilisée |
Un même dossier peut combiner ces documents : un accord-cadre à bons de commande comportera presque toujours un BPU (contractuel) accompagné d'un DQE (pour noter le critère prix). Certains marchés mixtes comportent à la fois une partie forfaitaire (DPGF) et une partie à prix unitaires (BPU), par exemple une installation forfaitaire suivie d'une maintenance à la demande.
Le règlement de consultation précise toujours quelle pièce prévaut en cas de contradiction. En général, c'est le BPU qui fait foi et le DQE qui est rectifié. Mais une divergence entre les deux reste un signal de négligence pour l'acheteur, et peut fausser la note prix calculée sur le DQE.
3. Comment remplir un BPU ligne par ligne
Remplir un BPU, c'est fixer des dizaines ou des centaines de prix qui vous engageront pendant des années, sans connaître les quantités qui seront réellement commandées. La méthode compte plus que la vitesse.
Étape 1 : comprendre ce que chaque prix rémunère
Avant tout chiffrage, croisez chaque ligne avec le CCTP et la définition des prix. Posez-vous trois questions : que dois-je fournir exactement ? Quelles sujétions sont incluses (déplacements, protections, évacuation, contrôles) ? Qu'est-ce qui est payé par une autre ligne ? Une prestation « pose comprise » ne se chiffre pas comme une simple fourniture.
Étape 2 : construire chaque prix unitaire
Un prix unitaire solide se construit de bas en haut :
- Déboursé sec : main-d'œuvre (temps unitaire x coût horaire chargé), fournitures et consommables, matériel
- Frais indirects : encadrement, déplacements, logistique propres au marché
- Frais généraux : la quote-part de vos charges de structure
- Marge et aléas : votre bénéfice et la couverture des imprévus
Pour les lignes récurrentes, appuyez-vous sur vos prix historiques : ce que vous avez réellement dépensé sur des marchés comparables vaut mieux qu'une estimation théorique. Notre guide sur le calcul du prix d'un marché public détaille la méthode.
Étape 3 : raisonner en volume, pas ligne par ligne isolément
Toutes les lignes d'un BPU n'ont pas le même poids. Si un DQE est fourni, il vous indique où l'acheteur anticipe les gros volumes : soignez particulièrement ces prix, car c'est sur eux que se jouera la note prix et votre rentabilité réelle. Les lignes à faible volume attendu méritent aussi un prix sérieux : un accord-cadre peut solliciter n'importe quelle ligne du bordereau.
Étape 4 : verrouiller la forme
- Remplissez toutes les lignes : aucune case vide, aucun tiret ambigu
- Respectez l'unité imposée : un prix pensé au m² inscrit sur une ligne en ml fausse tout
- Indiquez des prix HT, avec le nombre de décimales demandé, et en lettres si le cadre l'exige
- Reportez exactement les mêmes prix dans le DQE, puis vérifiez les produits et les totaux
- Ne modifiez jamais la trame du fichier fourni par l'acheteur (colonnes, lignes, formules)
4. Les pièges du BPU qui coûtent des marchés
Les erreurs de BPU se paient deux fois : au jugement des offres, puis pendant toute l'exécution. Voici les quatre pièges les plus fréquents.
Le prix omis
Une ligne laissée vide est le pire scénario. Selon le règlement de consultation, l'offre peut être déclarée irrégulière (elle ne respecte pas les exigences des documents de la consultation, au sens de l'article L.2152-2 du Code de la commande publique), ou le prix manquant peut être réputé inclus dans les autres : vous exécuterez alors cette prestation sans être payé pour elle. Si une prestation ne vous concerne pas ou vous semble déjà rémunérée ailleurs, posez la question à l'acheteur pendant la consultation plutôt que de laisser un blanc.
L'incohérence BPU / DQE
Le DQE doit être le reflet exact du BPU : mêmes prix, appliqués aux quantités fictives. Les divergences arrivent vite — un prix modifié dans un document et pas dans l'autre, une formule de tableur écrasée, un arrondi différent. Conséquences possibles : une note prix calculée sur des montants faux, une demande de régularisation, voire une offre écartée. Avant le dépôt, faites une passe de contrôle systématique : chaque prix du DQE doit être identique à celui du BPU, et chaque produit prix x quantité doit être exact.
Le prix anormalement bas
Si un ou plusieurs de vos prix paraissent anormalement bas, l'acheteur a l'obligation de vous demander des justifications (articles L.2152-5 et R.2152-3 du Code de la commande publique). Sans réponse convaincante — méthode d'exécution, conditions d'approvisionnement, innovation — l'offre est rejetée. Et si elle passe, vous exécuterez à perte. Un prix agressif se justifie ; un prix insoutenable se paie.
Le déséquilibre volontaire des prix
Certains candidats minorent les lignes à fort volume attendu dans le DQE et gonflent les autres, pour optimiser la note prix. C'est une stratégie risquée : les quantités réelles peuvent démentir la simulation, l'acheteur peut détecter et interroger des écarts manifestes, et vous restez engagé sur chaque prix du bordereau, y compris les plus bradés, pendant toute la durée du marché.
Un BPU engage souvent sur plusieurs années. Vérifiez la clause de variation des prix du CCAP avant de chiffrer : prix fermes, actualisables ou révisables ne se chiffrent pas de la même façon. Notre guide sur la révision des prix en marché public explique comment lire la formule et les indices.
5. Le BPU dans les accords-cadres à bons de commande
Le BPU est la colonne vertébrale financière des accords-cadres exécutés par bons de commande (articles R.2162-13 et R.2162-14 du Code de la commande publique). C'est le montage le plus courant pour les besoins récurrents : maintenance, fournitures, prestations à la demande, petits travaux d'entretien.
Comment ça fonctionne
- L'accord-cadre fixe le cadre : durée (souvent jusqu'à 4 ans), périmètre des prestations, et les prix du BPU
- Au fil de ses besoins, l'acheteur émet des bons de commande qui précisent les prestations et les quantités
- Chaque bon est facturé en appliquant les prix unitaires du BPU aux quantités commandées, sans nouvelle négociation ni remise en concurrence
Notre guide dédié aux accords-cadres à bons de commande détaille le fonctionnement, les montants minimum et maximum et les droits du titulaire.
Ce que ça change pour votre chiffrage
- Vous ne connaissez pas les volumes. L'accord-cadre indique une valeur ou une quantité maximale, parfois un minimum, mais rien ne garantit la répartition entre les lignes. Chaque prix doit être tenable même si la ligne est commandée seule.
- Le temps joue contre les prix. Sur 4 ans, vos coûts évolueront. Sans clause de révision adaptée, l'érosion des marges est mécanique : analysez la clause de variation des prix avant de vous engager.
- Le DQE de jugement n'est qu'un scénario. Les quantités simulées ne préjugent pas des commandes réelles. Chiffrer « pour la note » en pariant sur la simulation, c'est parier votre rentabilité sur une hypothèse que rien ne garantit.
- Le BPU doit couvrir tous les cas. Interventions urgentes, horaires décalés, petites quantités : si le bordereau prévoit des lignes spécifiques (majorations, forfaits de déplacement), chiffrez-les sérieusement — elles seront utilisées.
6. Exemples de lignes types par grand domaine
La structure d'un BPU varie selon l'objet du marché, mais la logique reste la même : un numéro, une désignation précise, une unité, un prix à compléter. Voici des structures de lignes représentatives — les prix restent à construire à partir de vos propres coûts : il n'existe pas de « bon prix » universel.
Marché de travaux (bâtiment)
| N° prix | Désignation | Unité | PU HT |
|---|---|---|---|
| 1.01 | Dépose de revêtement de sol existant, y compris évacuation des gravats en décharge agréée | m² | À compléter |
| 1.02 | Fourniture et pose de sol souple PVC en lés, classement U3P3, y compris préparation du support | m² | À compléter |
| 2.01 | Fourniture et pose de bloc-porte intérieur âme pleine, huisserie métallique, quincaillerie comprise | u | À compléter |
| 3.01 | Peinture sur murs intérieurs, deux couches de finition, y compris travaux préparatoires | m² | À compléter |
| 4.01 | Heure de main-d'œuvre pour travaux non prévus au bordereau, sur ordre de service | h | À compléter |
Marché de services (nettoyage, maintenance, prestations récurrentes)
| N° prix | Désignation | Unité | PU HT |
|---|---|---|---|
| 1.01 | Entretien courant de bureaux : vidage des corbeilles, dépoussiérage, aspiration, lavage des sols | m²/mois | À compléter |
| 1.02 | Vitrerie : nettoyage des surfaces vitrées intérieures et extérieures accessibles, deux faces | m² | À compléter |
| 2.01 | Visite de maintenance préventive d'installation, rapport d'intervention compris | visite | À compléter |
| 2.02 | Intervention corrective sur demande, hors pièces détachées, délai contractuel de 24 h | h | À compléter |
| 3.01 | Majoration pour intervention de nuit, week-end ou jour férié (en pourcentage du prix de base) | % | À compléter |
Marché de fournitures
| N° prix | Désignation | Unité | PU HT |
|---|---|---|---|
| 1.01 | Ramette de papier A4 80 g, blancheur CIE 150 minimum, certifiée gestion durable des forêts | ramette | À compléter |
| 1.02 | Cartouche d'encre compatible, capacité standard, par référence d'imprimante du parc | u | À compléter |
| 2.01 | Équipement de protection individuelle : gants de manutention, conformes à la norme en vigueur | paire | À compléter |
| 3.01 | Livraison sur site en 48 h, par point de livraison, quel que soit le volume de la commande | livraison | À compléter |
Trois observations transversales : l'unité conditionne tout (un prix « par visite » n'a pas le même contenu qu'un prix « par heure ») ; les lignes de sujétions (livraison, majorations, déplacements) sont de vraies lignes de prix, pas des détails ; et la désignation fait foi — chiffrez ce qui est écrit, pas ce que vous avez l'habitude de faire.
7. Questions fréquentes sur le BPU
Qu'est-ce qu'un BPU dans un marché public ?
Le BPU (bordereau des prix unitaires) est le document contractuel qui liste les prestations élémentaires d'un marché à prix unitaires et fixe le prix hors taxes de chacune. Préparé par l'acheteur, complété par le candidat, il est annexé à l'acte d'engagement : les prix qu'il contient s'appliquent aux quantités réellement commandées pendant toute la durée du marché.
Quelle est la différence entre BPU, DPGF et DQE ?
Le BPU fixe des prix unitaires contractuels appliqués aux quantités réelles ; la DPGF décompose un prix global et forfaitaire pour les marchés à forfait ; le DQE applique les prix du BPU à des quantités fictives pour comparer les offres, sans valeur contractuelle en général. En résumé : BPU = prix d'engagement, DPGF = décomposition d'un forfait, DQE = simulation de jugement.
Le BPU est-il contractuel ?
Oui. Le BPU est annexé à l'acte d'engagement et engage le titulaire sur chaque prix pendant toute la durée du marché, sous réserve des clauses d'actualisation ou de révision des prix prévues au CCAP. Le DQE, lui, n'est généralement pas contractuel : il sert uniquement au jugement des offres, sauf mention contraire du règlement de consultation.
Que se passe-t-il si j'oublie de remplir un prix du BPU ?
Selon le règlement de consultation, une ligne vide peut rendre l'offre irrégulière et entraîner son rejet, ou le prix manquant peut être réputé inclus dans les autres prix : la prestation devra alors être exécutée sans rémunération spécifique. Dans tous les cas, ne laissez jamais une case vide ; en cas de doute sur une ligne, posez la question à l'acheteur pendant la consultation.
Comment le BPU est-il utilisé dans un accord-cadre à bons de commande ?
Dans un accord-cadre à bons de commande, le BPU fixe les prix pour toute la durée du contrat. À chaque besoin, l'acheteur émet un bon de commande précisant les prestations et quantités, facturé en appliquant les prix unitaires du bordereau. Il n'y a ni renégociation ni remise en concurrence : d'où l'importance de chiffrer chaque ligne comme si elle pouvait être commandée seule, et de vérifier la clause de révision des prix.
Les prix du BPU peuvent-ils évoluer pendant le marché ?
Uniquement si le marché le prévoit. Le CCAP définit la nature des prix : fermes (invariables), fermes actualisables (ajustés une fois avant le démarrage) ou révisables (ajustés périodiquement selon une formule indexée sur des indices INSEE). Sur un accord-cadre de plusieurs années, une clause de révision adaptée à votre structure de coûts est un point de vigilance majeur avant de remettre l'offre.
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Le BPU n'est pas une formalité administrative : c'est le document qui déterminera votre rémunération réelle, commande après commande, pendant toute la durée du marché. Sa logique est simple — un prix par prestation élémentaire — mais son remplissage exige de la méthode.
Les points essentiels à retenir :
- Le BPU est contractuel ; le DQE n'est qu'une simulation de jugement ; la DPGF concerne les marchés à forfait
- Chaque prix se construit à partir de vos coûts réels : déboursé sec, frais indirects, frais généraux, marge
- Aucune ligne ne doit rester vide, et le DQE doit refléter exactement les prix du BPU
- Un prix anormalement bas doit pouvoir être justifié, sous peine de rejet de l'offre
- Dans un accord-cadre à bons de commande, chaque ligne doit être tenable seule, sur toute la durée
- Vérifiez la clause de variation des prix avant de chiffrer : ferme, actualisable ou révisable, elle change votre stratégie